La nouvelle vague de l’apprentissage : une histoire d’ondes

“Non aujourd’hui je suis fatigué(e), vraiment, pas le goût de suivre cette formation… en plus j’ai pas dormi de la nuit, faute à la poussée dentaire du petit dernier… non, vraiment, là, je le sens pas, j’ai le cerveau qui marche au ralenti…

Combien d’entre nous avons déjà participé à une formation, un cours, un e-learning en portant avec nous son bagage de fatigue ou de démotivation ? Cette sensation d’être physiquement présent, accompagnée de la désagréable sensation que le savoir rebondit sur nous, luttant contre un corps hermétique à tout apprentissage ?

Le rapport à la disponibilité de l’apprenant, et de son engagement dans sa formation est une préoccupation fondamentale pour qui veut transmettre des connaissances efficacement. Et c’est d’autant plus vrai en andragogie, face à des apprenants qui n’ont plus l’habitude d’être formés.

Quelles conditions pour un bon apprentissage ?

Très souvent on demande à l’apprenant de s’assurer d’être bien installé, dans un environnement calme et propice au maintien de l’attention. Très souvent on s’efforce de lui préparer des séquences d’apprentissage courtes : il est plus facile d’obtenir une attention soutenue de sa part sur un module d’une dizaine de minutes que sur 30 minutes intensives !

De temps en temps on veille à intégrer des “pauses respiratoires” ou des virgules ludiques pour laisser le temps à l’apprenant de “respirer” entre deux phases d’apprentissage. Moins souvent on se pose la question de savoir si le temps de formation correspond à un horaire adéquat respectant le rythme “biologique” d’apprentissage…

On le sait très bien maintenant (cf. Smolensky et al. 2001), on travaille mieux après 10h et après 15h, qui correspondent à des temps d’éveil maximum et à des temps d’optimisation de notre coordination, de notre temps de réaction, de notre efficacité cardiovasculaire et de notre force musculaire (rien que ça !).

Inutile donc de vouloir se former en arrivant au bureau à 8h, ou juste après manger, ou voire pire entre deux rendez-vous clients… Autant de facteurs entraînant un désengagement de l’attention… et en conséquence de mauvaises conditions d’apprentissage.

Alors vous me direz :

  • c’est bien beau, mais moi, si mon seul moment pour me former c’est justement après le déjeuner ou encore entre deux rendez-vous ?

Et bien je vous répondrais :

  • Essayons alors de recréer des conditions qui favorisent l’engagement et la mobilisation cognitive.

Comment ?

Une piste sérieuse se dessine autour de l’état  “électro-neuronal” du cerveau de l’apprenant au moment où il réalise sa tâche. En d’autres termes, si nous sommes sous tension, nos capacités cognitives ne seront pas aussi efficientes que si nous sommes en situation de calme pour effectuer notre tâche.

Serait-ce une clé pour (re)mobiliser le cerveau et ainsi faciliter sa capacité à apprendre ? Pourquoi pas !

Selon une étude de Cassaday et al. (2002), il s’avère qu’au cours de notre journée (de travail par exemple), notre cerveau travaille sur ce que l’on nomme “les ondes bêta” d’une fréquence de 15 à 28 Hz.

Il existe par ailleurs d’autres ondes, appelées “alpha”, dont la fréquence est inférieure (entre 7 et 15 Hz), intervenant lorsque nous sommes en état de relaxation ou juste avant de nous endormir (ces ondes sont différentes de celles du sommeil). Ces ondes alpha sont caractérisées par l’effet de “calme” qu’elles produisent sur le cerveau.

Ondes alpha… ondes bêta… Quel rapport avec l’apprentissage ?

L’étude révèle que les ondes alpha mettent le cerveau dans un état plus calme, plus réceptif, plus créatif et que de surcroît il mémorise mieux.

Si l’apprenant est placé dans un état de “relaxation”, il active ces ondes alpha qui vont faciliter une meilleure performance du cerveau, et en conséquence il mémorisera mieux les informations. Mieux qu’il ne le ferait classiquement avec les ondes bêta.

De la même façon, se mettre à nouveau en état de relaxation avant de faire émerger les informations mémorisées sous ondes alpha facilite le rappel ce celles-ci.

Quelles conclusions en tirer ?

Avant d’imaginer les bonnes conditions matérielles, technologiques, informatiques d’apprentissage, une approche plus pertinente serait de mettre, avant toute chose, son cerveau dans de bonnes conditions d’apprentissage. De la même façon qu’il apparaît plus pertinent que le conducteur d’une voiture soit d’abord disposé à prendre le volant (état d’ébriété, ou de fatigue simplement) avant de considérer le bon état de son véhicule (ce qui d’ailleurs ne serait possible que s’il était vraiment en état de le faire…).

Nous pourrions ainsi imaginer offrir à nos apprenants une expérience de relaxation courte avant le début de formation, et une seconde expérience du même type avant une phase d’évaluation des acquis. Ceci pour maximiser leurs chances de mémoriser les savoirs, les savoir-faire ou savoir-être pour lesquels nous souhaitons les faire progresser !

À méditer 🙂

A suivre dans le prochain épisode : les meilleures techniques pour y parvenir !

Références bibliographiques :

Cassaday H J, Bloomfield RE, Hayward N. Relaxed conditions can provide memory cues in both undergraduates and primary school children. British Journal of Educational Psychology, Volume 72, Issue 4, pages 531-547, Decembre 2002]
Michael Smolensky, Lynne Lamberg, The Body Clock Guide to Better Health : How to Use Your Body’s Natural Clock to Fight Illness and Achieve Maximum Health, Henry Holt and Company,‎ 2001