Gestion de ressources naturelles et jeux

Nous savons que les jeux sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour la formation, que ce soit en milieu scolaire ou en entreprise. Mais les jeux sont également utilisés dans des contextes plus spécifiques, pour répondre à des problématiques socio-économiques et environnementales concrètes : plusieurs interventions de la conférence ISAGA 09 nous ont présenté une utilisation très intéressante des jeux de rôles et simulation dans le cadre de conflits liés à la gestion de ressources naturelles.

Principes

Ces jeux se présentent sous la forme de jeux de plateau et/ou d’applications informatisées. Chaque joueur incarne un acteur impliqué dans la situation, par exemple : un agriculteur, un représentant des pouvoirs publics, etc. Chaque acteur a un certain nombre d’interactions possibles avec le territoire et les ressources naturelles à gérer. Dans les exemples de projet présentés ici, les conséquences des décisions prises par les acteurs sont modélisées selon une approche de « modélisation d’accompagnement » appelée ComMod (Companion Modelling).

Des jeux utilisés aux quatre coins du monde…

Ces jeux sont utilisés aux quatre coins du monde afin de sensibiliser les populations locales et pouvoirs publics à l’impact de leurs décisions sur l’environnement. Ils instaurent un dialogue entre les acteurs impliqués dans des situations souvent conflictuelles.
En voyant la mise en œuvre de tels projets dans les provinces reculées du Bhoutan, on se rend compte que le jeu est vraisemblablement un vecteur universel de communication…

Exemples

Voici quelques exemples de projets présentés lors de la conférence ISAGA :

  • Au Mexique, le jeu de plateau Sierra Spring a été mis en œuvre dans le cadre d’un conflit lié à la gestion des terres, de la forêt et de l’eau, dans l’optique de favoriser la coopération entre les différents acteurs de la situation.
  • De nombreux jeux de rôles sont utilisés pour les problématiques liées plus spécifiquement à la gestion et à l’utilisation de l’eau. Wat-a-game, par exemple, est l’un de ces jeux, développé par des chercheurs du Cemagref. Il est utilisé aussi bien dans un contexte scolaire que dans un contexte opérationnel réel, comme en Afrique du Sud où il a été adapté au cas particulier du bassin de la Sand River.
  • En France, des jeux de rôles informatisés ont été créés par une équipe de l’INRA pour la gestion collective du ruissellement érosif au sein des bassins versants agricoles du Pays de Caux, en Haute Normandie. Le premier jeu, RuisselPois, permet à des étudiants en agronomie de comprendre les interactions entre les acteurs impliqués dans la gestion d’un même territoire et de s’interroger sur les compromis qui peuvent être trouvés entre les différentes activités impliquées dans le ruissellement érosif (gestion des cultures, développement urbain, etc.). Le second jeu, CauxOpération est directement destiné aux acteurs concernés par la gestion d’un bassin versant agricole du Pays de Caux. Il a pour objectif de faciliter les négociations pour une gestion collaborative du bassin, en améliorant le dialogue entre les parties prenantes.
  • Autre application de ce type de jeu : ReefGame, conçu conjointement par l’Université Nationale Australienne et l’Université des Philippines, est un jeu de rôle assisté par ordinateur destiné à explorer les autres moyens de subsistance possibles pour les communautés de pêcheurs des Philippines, leur activité étant menacée par la dégradation des récifs de coraux. L’utilisation de ce jeu a une double utilité : d’une part, il permet de mieux faire comprendre aux pêcheurs l’impact social et écologique de leurs comportements ; d’autre part, il aide les chercheurs à cerner les éléments en jeu dans ce processus de prise de décision complexe.
  • Des jeux portant sur la gestion de ressources naturelles ont également été utilisés au Mali, au Bhoutan ou encore en Thaïlande, associant parfois les deux modalités, comme dans le cas de ReefGame évoqué ci-dessus : le jeu de rôle avec support plateau pour les décisions humaines, et la simulation informatique pour calculer les conséquences sur l’environnement des décisions prises.

Pour plus d’exemples et d’informations sur ce type de projets, rendez-vous sur le site ComMod.

Tout le monde peut jouer ? Pourquoi pas vous ?

Ces exemples d’application de jeux de rôle sont très encourageants : si l’on arrive à faire jouer des pêcheurs philippins, des agriculteurs mexicains, des bergers bhoutanais, nous ne désespérons pas de développer plus largement l’utilisation des jeux pour former les cadres de nos entreprises !

Références

Articles issus de la conférence ISAGA 2009 :

  • Sierra Springs: A Generic Table-Top Game Addressing Conflict and Cooperation Between Stakeholders Involved in Managing Land, Forest and Water in a Subhumid Tropical Mountain Watershed, Luis Enrique Garcia-Barrios, Andrew Waterman, Raúl García Barrios, Claudia Brunel Manse & Juana Cruz Morales
  • Blending Role-Playing Games and Computer Agent-Based Simulation to Design Shared Representations of Complex Socio-Ecosystems with Local Stakeholders, Christophe Le Page
  • ReefGame: A Computer-Assisted Role-Playing Game to Explore Livelihood Alternatives in Traditional Fishing Communities in the Philippines, Deborah Cleland, Anne Dray, Pascal Perez & Rollan Geronimo
  • Adapting Role-Playing Games to Stakeholders or Students to Make them Aware of Erosive Runoff, Veronique Souchere & Michel Etienne
  • WAT-A-GAME: sharing water and policies in your own basin, Nils Ferrand, Stefano Farolfi, Géraldine Abrami & Derick du Toit