EIAH’09 : le jeu sérieux à l’honneur

Nous vous l’avions annoncé ici même : en amont de la conférence EIAH’2009, une journée d’atelier était consacrée au thème des jeux sérieux.

En direct du Mans, sa terre natale, notre doctorante Christelle MARIAIS a pu assister et participer à des échanges très riches autour de la thématique « Jeux sérieux : conception et usages », plus précisément axée sur le domaine de l’apprentissage.

Cette journée organisée par Sébastien GEORGE (LIESP – INSA de LYON) et Pascal LEROUX (EducTice/INRP) visait à mettre en contact les chercheurs français travaillant sur ce thème émergeant. Et elle n’a pas raté son objectif : avec six interventions et deux conférences invitées, cet atelier a initié de nombreuses et intéressantes discussions !

Gilles BROUGERE, chercheur en sciences de l’éducation, a ouvert la discussion avec « Quelques réflexions sur jeu et apprentissage et les conséquences à en tirer pour penser la notion de jeu sérieux ». Pour avoir une idée de ces quelques réflexions, référez-vous au billet qui lui est consacré sur ce blog

Appropriation – Intégration – Motivation : une matinée riche en concepts-clés

Celso GONCALVES (LIG – Université Joseph Fourier) a ensuite présenté le travail mené dans le cadre de sa thèse (en collaboration avec Muriel NEY et Nicolas BALACHEFF) : il s’intéresse à la problématique de l’appropriation du problème dans une simulation persistante et distribuée – Laboratorium of Epidemiology – destinée à des étudiants en médecine dans un module de biostatistiques.

Denise SUTTER WINDMER (TECFA – Université de Genève) a abordé la notion d’intégration entre l’apprentissage et le jeu, et a présenté quelques pistes pour une méthode d’évaluation de cette intégration.

Fabien FENOUILLET (CREF – Université Paris Ouest Nanterre) s’est intéressé, quant à lui, à la problématique, toujours très débattue, de la motivation dans les Serious Games.

Un après-midi axé ingénierie et conception

L’après-midi a ensuite été consacré à des interventions en lien avec la conception de jeux pour l’apprentissage.

Mathieu MURATET et Fabienne VIALLET (Université de Toulouse) ont présenté leurs travaux sur la mise en place d’une ingénierie pour la construction de jeux sérieux à l’université. Leur démarche a été élaborée à partir de leur expérience de développement et d’utilisation du jeu Prog&Play destiné à l’apprentissage de la programmation informatique.

C’était ensuite au tour de Christelle MARIAIS de présenter les premiers travaux effectués dans le cadre de sa thèse, menée conjointement au sein de Symetrix et de l’équipe MeTAH du Laboratoire d’Informatique de Grenoble (LIG) sur le thème : « Elaboration d’une grille de description de scénarios de Learning Games, visant la définition de modèles pour soutenir la conception ».

Pour conclure la série des interventions, Iza MARFISI et Aymen SGHAIER (LIESP – INSA Lyon) nous ont fait part des travaux menés au sein de leur laboratoire sur l’industrialisation de la conception et de la production de Serious Games.

Des coquilles de jeux québécoises

Pour clore cette journée autour du jeu sérieux, Louise SAUVE, professeure en technologie éducative à l’Université de Québec, a partagé avec nous le travail qu’elle mène depuis de nombreuses années sur le développement de coquilles génériques de jeux pour l’apprentissage. Développées en concertation avec les enseignants, public cible de ces outils, les coquilles génériques se veulent simples d’utilisation et permettent à chacun de développer un jeu en ligne adapté à ses contenus de formation. Le Carrefour Virtuel des Jeux Educatifs met gratuitement à disposition, six coquilles : Parchési (Petits chevaux), Jeu de l’oie, Concentration, Trivia, Tic Tac Toe (Morpion) et Echelles et serpents. Rien ne vaut un test grandeur nature, alors à vous de jouer !

Le Serious Game n’a pas fini de faire parler de lui…

Les débats qui ont ponctué cette journée ont permis de confronter les points de vue de chercheurs en sciences humaines et en informatique, « sciences molles » d’un côté et « sciences dures » de l’autre, preuve de la transdisciplinarité de ce thème ! De nombreuses questions ont été soulevées, de nombreuses réponses restent à trouver…

Pêle-mêle de ce que nous retenons de ces échanges :

  • La difficulté à proposer une définition du jeu consensuelle ;
  • Difficulté d’autant plus grande lorsqu’on parle d’utiliser le jeu à des fins d’apprentissage. En effet dans ce contexte, peut-on toujours parler de jeu ?
  • Certains pensent qu’il ne faut pas essayer de définir des barrières entre ce qui est jeu et ce qui ne l’est pas. Même si le jeu pour la formation n’est plus vraiment un jeu, l’essentiel n’est-il pas qu’il permette de mettre en place des techniques pédagogiques intéressantes comme l’apprentissage situé, l’apprenant acteur de son apprentissage, etc.
  • Un autre point positif de cet intérêt pour les jeux sérieux dans la recherche française, c’est qu’il relance des réflexions autour de notions-clés dans l’apprentissage telles que la motivation, l’appropriation, le transfert, etc.

Autre preuve de l’intérêt grandissant porté à cette thématique, le lendemain de cet atelier, on retrouvait le Serious Game en ouverture de la conférence EIAH’2009 : la conférence invitée de Stéphane NATKIN, président de l’ENJIM (Ecole Nationale du Jeu et des Medias Interactifs Numériques), proposait une introduction aux Serious Games, avec une vue synthétique du domaine et de sa diversité.

La richesse des échanges initiés nous encourage à poursuivre dans cette voie où, comme nous pouvons le constater, beaucoup de pistes restent à explorer !