Raquettes, raclette, tartiflette et le mystère du Génépi

Comme le team building est dans l’air du temps et que la galette en intérieur avait rencontré un vif succès, une sortie en extérieur s’imposait pour augmenter le taux de « cohésion salarial » au sein de Symetrix.

J’ai donc lancé l’idée d’une randonnée raquettes nocturne (oui sinon, c’est trop facile) suivie d’une bonne raclette / tartiflette / fondue (au choix bien entendu !) pour appâter le chaland. Après 2 à 3 semaines d’échanges intensifs de mails destinés à organiser la sortie (et je remercie au passage l’accompagnateur pour son infinie patience en regard des questions existentielles que je lui ai posées : prévisions neige à 15 jours, gants ou moufles, chapeau ou bonnet, raclette avec ou sans champignons, température de la fondue …), la date a été fixée au 6 février.

Nous sommes partis du bureau sur les coups de 17h45, sous les yeux effarés du boss (à sa décharge, Luca avait déjà enfilé son bonnet version Pérou et il découvrait que l’équipe R&D n’avait pas froid aux yeux oreilles). Pour le rassurer, j’avais prévu 3 voitures, pour diminuer le risque de faire passer Symetrix de 20 à 9 en 1 soirée.

Nous nous sommes plus ou moins suivis pour monter à Prapoutel, lieu de notre escapade. Certains étaient loin devant, d’autres loin derrière, d’autres encore déjà en haut. Dans la voiture que je conduisais, mes 2 collègues et moi avons eu la chance d’être accompagnées d’un « authentique autochtone » qui nous a fait découvrir sa région et son village sous un autre jour (enfin une autre nuit) : dans 200 mètres un dos d’âne, très méchant, sur la gauche un grand mur, à gauche encore un stade sans nom, puis une statue sans gloire, bref, le temps passa…très lentement et nous avons aperçu l’arrivée avec soulagement.

Le groupe s’est reformé au bas des escaliers qui menaient au magasin de location de matériel. Autant vous dire qu’ardents utilisateurs de l’ascenseur, nous nous sommes trouvés bien démunis devant ces marches, certains cherchant le bouton pour ouvrir les portes, pendant que quelques uns essayaient vainement de se rappeler le mode d’emploi. J’en ai même vu sortir discrètement leur portable pour appeler sans aucun doute à l’aide (cf. panne d’ascenseur l’an passé au bureau).

Bref, nous avons atteint non sans difficultés le magasin, nous sommes restés dignes même en talons, restés droits même sans crampons. Notre guide nous a accueillis avec une grande gentillesse (ai-je rêvé une lueur de compassion dans son regard ?) et nous a remis à chacun notre attirail : des raquettes donc, sortes de pédimètres surdimensionnés et des bâtons. Je passe pudiquement sur les séances d’habillage (comme je passerai sur la phase de rhabillage également pour ne pas heurter le jeune public).

Nous voilà bientôt dehors, raquettes au pied, bâtons à la main, lampe au front et fou rire aux lèvres. Une photo pour la postérité, on teste le matériel, on ajuste les bonnets, gants, dragonnes, le grand départ approche. Le guide demande une personne pour fermer la marche, Luca se propose.

Sortie raquettes.jpg

3, 2, 1 partez ! Le groupe se disloque immédiatement en un peloton, des poursuivants et un gruppetto. Le premier quart d’heure, passé le brouhaha, est assez silencieux, pour ma part, j’attends avec impatience que mes jambes se fassent oublier et qu’enfin j’atteigne mon rythme de croisière (c’est-à-dire environ 38 ans à l’heure). On pénètre dans la forêt en file indienne, chemin étroit, alternance de neige glacée et de poudreuse, toujours l’autochtone en éclaireur qui nous informe des sites remarquables : attention cailloux, ruisseau, arbre à droite, arbre à gauche…

Les quinze premières minutes sont enfin passées, mes jambes se font légères et là : pause. On ne voit rien à 5 mètres, mais visiblement, c’est l’endroit rêvé pour s’arrêter, compter les pertes, regarder discrètement l’heure. Le guide nous conseille de nous désaltérer et la plupart d’entre nous comprennent qu’il faut boire de l’eau, mais c’est sans compter un autre liquide : le Genépi maison que Jérôme (ledit guide) sort de son anorak. Bientôt l’air s’emplit de vapeurs de petites fleurs jaunes et dont l’effet ne se fait pas attendre, Pauline s’écroule (façon les bronzés font du ski). Ah non, pardon, ce n’est que Nicolas qui témoigne de son amitié en lui donnant l’accolade.

Nous repartons, certaines lampes vacillent (à moins que ça ne soit le dénivelé ?), nous rejoignons une piste et Jérôme s’arrête de nouveau. Genépi ? Non, juste pour nous prévenir que nous allons effectuer une descente (et après seulement pause Genépi). En effet, quelques secondes plus tard, il bifurque brutalement à droite (à cause du Genépi ?) et nous basculons sur une pente à 20 %. C’est assez drôle sauf si vous êtes suivie par Nicolas, et qu’il vous aime bien. Heureusement, il ne semble pas me porter dans son cœur et j’atteins donc le bas de la pente sur mes 2 jambes.

Evidemment, les Genépi addicts font bloc autour du guide et attendent qu’il sorte la flasque miraculeuse. Mais ce n’est qu’une carotte, point de récompense ! Luca, fou de désespoir se jette à corps perdu dans une course effrénée sur la piste qui s’étend devant nous. Il revient heureusement à la raison et vers nous puis reprend sa position de voiture balai la mort dans l’âme.

Moi, j’ai déjà calculé que les 150m de dénivelé annoncés, nous venons de les descendre, il va donc falloir…remonter. Au début, dans les premiers 30 centimètres, ça va, je me concentre, je tiens bon. Au bout de 2 mètres pourtant le souffle devient court, mes genoux me font mal, ma tête me traite de vieille et je suis proche de l’abandon. Mais, je reste digne, je râle un peu (beaucoup) j’avance quand même. Le guide fait une habile diversion (avec du Genépi ?) en nous signalant des traces de lièvre toutes fraiches ; pendant que certains se demandent s’il est passé par ici et s’il repassera par là, j’en profite pour récupérer.

Nous avons donc vaincu la première difficulté et arrivons…à l’endroit où nous nous sommes arrêtés quelques minutes plus tôt. Nous faisons un huit nous explique notre guide et nous venons de boucler la première boucle, personne n’ergote sur la manière d’écrire les huit. Un coup de Genépi et ça repart. Notre guide nous annonce qu’il va maintenant nous montrer le rythme idéal de marche, testé et approuvé par des afghans parait-il, qui nous assurera confort et distance infinie. Puis il commence à effectuer de grands virages (effet du Genépi ?) soulevant une inquiétude qui se mue rapidement en un bruissement de désaccord : une nouvelle pente dans le sens de la montée à pas moins de 40% se profile devant nous. Le dernier effort nous assure-t-on. Luca assure mon coaching, m’encourageant à avancer se retenant certainement durant toute la montée de me planter un bâton dans le dos pour me pousser. Je remercie donc son infinie patience et lui serai gréé de ne pas divulguer ces moments de faiblesse qu’il finira par connaitre aux alentours de la quarantaine.

Nous avons vaincu la seconde et dernière difficulté et enfin la civilisation réapparaît devant nous, des lueurs de la station. Il est 21h10 et nous retrouvons le magasin de sport. Je passe donc la séance de rhabillage comme promis. Nous renonçons d’ailleurs la plupart à reprendre forme humaine. Nous remercions chaleureusement le guide, il nous attribue la médaille du « groupe très cool » (en même temps, il était toujours devant, il ne peut pas savoir…) et nous dirigeons vers le restaurant.

Le repas fut le second temps fort de la soirée (après la découverte du bonnet de Luca), la raclette était délicieuse et la tartiflette monstrueuse, les sujets de conversation légers : faut-il attendre un retour des dons d’argent aux personnes mendiant dans la rue, les déclinaisons de l’allemand sont-elles si compliquées à apprendre, des questions philosophiques : tatouage éphémère ou à vie, étendage ou étendoir, l’âge idéal pour faire un enfant (qui diffère de l’homme à la femme)…Nous avons dit très peu de mal des absents (qui ont toujours tort) et avons eu une pensée émue pour Cyril quand Céline a commandé un coca cola.

Les photos témoignent de l’exemplarité de conduite des personnes, (prises avant l’arrivée des bouteilles de vin je tiens à le préciser, le doute étant permis pour celle de Pauline) et de leur bonne humeur, du sentiment de partager un très bon moment. La neige n’a cessé de tomber durant notre séjour en hauteur et c’est donc alourdis de 2 kgs de plus 10cm de neige que nous avons repris la route vers minuit et demie. Nous nous sommes dits au revoir chaleureusement, quelques personnes encore à terre toujours en rapport avec la grande estime que leur porte Nicolas. Nous nous sommes promis de refaire très vite une sortie ensemble.

Il me reste une question : qu’est devenue la bouteille de Genépi achetée par l’équipe ?

NDLR : merci à toi pour l’organisation de cette soirée « mémorable » ! Vivement la prochaine !