Lisibilité numérique et conception #4

Après avoir vu les facteurs technologiques ou bien le design ergonomique qui peuvent influencer la lecture à l’écran et doivent donc être pris en compte dans la conception de nos modules afin qu’ils répondent à ces contraintes, intéressons-nous à l’organe de lecture par excellence : l’œil.
Comment lit-on sur une page ?
Peut-on définir le parcours de l’œil ?
Découvrons-le dans ce nouvel extrait.

La spatialisation de la page
Thierry Baccino et son équipe travaillent sur la psychologie de la lecture étudiée sous une perspective fondamentale (nature des représentations et processus) et appliquée (ergonomie cognitive). Ils étudient plus précisément les processus cognitifs et perceptifs lors de la lecture électronique.

Grâce à la technique d’enregistrement des mouvements des yeux (Technique Eye-Tracking), ils décrivent les processus guidant le regard, la nature des représentations dans la compréhension et les mécanismes de récupération mnésiques. Leur technique de l’oculométrie cognitive est fondée sur le principe du reflet cornéen (1) :

Technique d’enregistrement des mouvements des yeux qui consiste à repérer en temps réel la position du regard au moyen d’un détecteur optique ou d’une caméra vidéo qui sont calés sur le reflet émis par un rayon infrarouge envoyé sur la cornée oculaire. Ce dispositif couplé à un système informatique échantillonne régulièrement la position spatiale de l’œil et dans certains cas le diamètre pupillaire.

La quantité considérable de données enregistrées est ensuite réduite pour ne retenir que les pauses de l’œil (fixations) qui témoignent des traitements cognitifs et les sauts d’une fixation à l’autre (saccades) davantage sous le contrôle de la perception et des mécanismes oculomoteurs. Les fixations et les saccades représentent les éléments fondamentaux de l’étude oculométrique à partir desquels sont calculées plusieurs mesures spatiales et temporelles du déplacement du regard :

  • les mesures spatiales sont des distances saccadiques, des localisations ou le tracé des zones inspectées par le regard (scanpath),
  • les mesures temporelles concernent les durées des fixations globales ou locales (i.e, limitées à une information précise).

A travers le parcours de l’oeil (scanpath), cette technique permet donc de recueillir à la fois des traces spatiales qui reflètent les processus de recherche d’information, et des durées de fixations qui rendent compte du traitement de l’information.

L’intérêt de cette technique est double :

  • Le parcours du regard traduit de façon directe et sans interférence la pensée et les comportements effectifs de l’utilisateur (contrairement aux approches du type questionnaire qui ne permettent de recueillir que ce dont l’utilisateur est conscient)
  • Les données recueillies sont quantitatives et objectives, permettant d’obtenir des résultats valides sur le plan psychologique et qui peuvent être généralisables à d’autres interfaces

(1) Baccino, T. (2002). Oculométrie Cognitive. In G.Tiberghien (Ed.), Dictionnaire des Sciences Cognitives (pp. 100-101). Paris: Armand Colin