Revue de presse #1 : société, réseau et communauté

Un des pôles de recherche chez Symetrix porte sur les réseaux sociaux, les communautés en ligne et leur instrumentation. Si les TIC ont remis ces questions sur le devant de la scène dans les entreprises et les organismes de recherche par le biais des outils de partage du web 2.0 et des problématiques d’organisation apprenante, d’intelligence collective, les travaux sur le cycle de vie des réseaux sociaux, des communautés, et des sociétés sont nombreux et anciens dans le champ des sciences humaines.

La revue « Sciences humaines » propose en janvier un grand dossier sur l’origine des sociétés.

A l’interrogation sur l’origine des sociétés, la revue nous propose d’explorer trois voies. La première voie est celle d’un grand récit des origines : la société est née en rupture à l’ordre naturel. C’est la position de Hobbes et Rousseau pour qui la société est née d’un rassemblement d’individus qui volontairement passent un « contrat social ».

La seconde voie est celle des tenants de la théorie de l’évolution pour qui la société doit être pensée comme le prolongement de l’ordre naturel.

La troisième voie est celle qui opère le dépassement des deux autres théories et qui s’intéresse aux capacités humaines à envisager des objets symboliques fondements des communautés symboliques. C’est cette dernière voie qui a retenu notre attention.

Différents articles s’intéressent à cet aspect et montrent que l’élaboration de représentations mentales partagées permet de comprendre l’émergence des sociétés et des communautés. Ces représentations mentales sont à la base des mythes, rituels, lois, langage commun, dispositifs d’échanges qui constituent les communautés.

Peter Gardensfors, professeur en sciences cognitives, propose l’hypothèse que l’homme a développé une compétence particulière qu’il nomme « les représentations détachées », ou que Dortier (04) appellent les « idées ». Cette capacité que l’on nomme aussi imagination, et qui trouve son siège dans le lobe frontal du cerveau est la source de construction de mondes imaginaires. Selon ce dernier auteur, cette aptitude cognitive « leur permet de forger et de partager les représentations collectives que sont les lois, règles et idéaux qui structurent la vie en communauté ».

Cette approche cognitive permet de mieux comprendre les processus d’émergence et de fonctionnement des communautés et d’en tenir compte lorsque l’on s’intéresse à l’outillage et à l’instrumentation de communautés virtuelles. Ces dernières quelque part reposent elles aussi sur la construction d’images mentales et d’interactions dans une tension dialectique et complexe entre « présence et absence ». Des débats qui chez Symetrix suscitent beaucoup de réflexion et d’interrogation sur nos propres travaux sur les communautés et que nous allons suivre attentivement.

A lire :
« L’origine des sociétés », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, n°9.
Gardenfors, P. (2007). Comment Homo devient Sapiens. Eds Sciences Humaines.
Dortier, J.F (2004), L’homme, cet animal étrange. Eds Sciences Humaines.